La production d’idées nouvelles : un processus associant l’imaginaire, la raison et les connaissances

Une idée, ou un nouveau concept, n’est pas forcément le fruit d’un processus de créativité. Comme le démontre la théorie CK, elle peut aussi être la résultante d’un processus de raisonnement logique (ou tout du moins d’un processus pilotable à partir d’outils rationnels). L’idée créative se démarque néanmoins des champs logiques ordinaire ; elle est une forme émergente généralement associée à l’imaginaire et/ou à l’intuition. En tous cas le couple raison / imaginaire est rarement, voire jamais, complétement absent du processus de créativité. Ces deux propriétés de l’esprit opèrent, en effet, de façon complémentaire : il y a toujours un peu de raison dans l’idée issue de l’imaginaire et toujours un peu d’imaginaire dans l’idée issue de la raison.

Nous avons vu, dans un article précédent (les concepts à la fois « étiquettes » et « objets de pensée ») que les concepts sont au cœur du processus de créativité, car ils constituent des « objets de pensée » ouverts, appelés idées, que l’on peut manipuler, c’est-à-dire construire et faire évoluer. Ainsi, développer des nouvelles idées revient à concevoir de nouveaux concepts. La création est une activité, un processus, de conception. Cette conception se fait tout d’abord dans l’esprit, puis elle peut se prolonger en dehors de l’esprit en se traduisant par la conception objet réel ou symbolique susceptible de devenir une innovation[1]. Un nouveau concept, au moment de son émergence, a comme particularité de ne pas encore être chargé d’un sens précis, ni consolidés par les savoirs. Il sera néanmoins appréhendable à partir d’un concept « à terme logique » auquel il sera implicitement rattaché. Le nouveau ne peut s’établir que par référence à l’ancien.  Par exemple si j’invente un nouveau concept de chaise, il se rattachera implicitement au « concept logique » de chaise existant. Si ce nouveau concept est  « une chaise sans pied » elle ira s’inscrire dans la catégorie des chaises et viendra par la même faire évoluer les attributs normalement associés au concept de chaise (dans les représentation habituelles il n’est pas concevable de réaliser une chaise sans pied)[2].

L’idée nouvelle est, au moment de sa naissance, un objet peu précis issu de l’imaginaire ou de la raison. Il est toutefois difficile de décrire la façon dont se révèlent les plus originales d’entre elles car elles sont une manifestation de la complexité. Le nouveau concept devra donc être complété par un nouveau travail  dialectique entre l’imaginaire et la raison pour le rendre opératoire. Cette opération sera placée sous conduite par la partie rationnelle de l’esprit car il s’agira essentiellement mobiliser et/ou construire les connaissances permettant d’en faire un nouvel objet, symbolique ou réel, appropriable par d’autres. Mais cette partie rationnelle sera, dans même temps, mue par ses déterminants et cherchera à travailler à un coût cognitif moindre en évitant de bousculer les équilibres existant.

[1] Nous définissons l’innovation comme « l’exploitation réussie d’une idée nouvelle » (Schumpeter) . Une innovation reviendra donc à la matérialisation ou la symbolisation réussie d’un concept diffusé socialement

[2] En réalité la chaise sans pied existe, il s’agit du ruban permettant de s’assoir sur le sol avec une certaine forme de confort voisine de celle procurée par une chaise. (exemple extrait des travaux du CGS de l’école des mines).

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