Le cadre socioculturel : un puissant inhibiteur d’idées

Lorsqu’un innovateur arrive à vaincre les déterminismes et différents niveaux de censure de son esprit pour produire une idée en rupture il n’aura alors fait qu’une petite partie du chemin menant vers une innovation socialement reconnue. Il lui faudra en effet ensuite vaincre les réticences sociales attachées à maintenir l’équilibre socioculturel en place. C’est le plus souvent à ce niveau que les censures les plus fortes vont s’opérer. La réticence du corps sociale sera bien sûr rationnelle mais également émotionnelle. Plus la charge émotionnelle attachée au concept logique bousculé plus il sera difficile de vaincre les résistances. Bien sûr, une partie de ces idées arrivent régulièrement à passer entre les mailles du filet. On peut voir les idées, par analogie au Darwinisme, comme  l’équivalent d’une gêne ayant muté (le gène étant les concepts à la base d’un système culturel). Si cette mutation est pertinente, apporte un nouvel avantage, l’idée se développera. Dans le cas contraire elle viendra rejoindre l’immense cimetière des nouveaux concepts mort-nés ou jamais arrivé à un stade de maturité suffisante. Parmi toutes ces idées enterrées certaines auraient sans doute pu changer le cours de notre destin. Mais nous ne referons pas l’histoire et nous ne saurons jamais quel aurait pu être notre avenir si d’autres innovations s’étaient imposées à la place de celles qui nous ont façonnés.

Edgar Morin (la connaissance de la connaissance) souligne aussi le paradoxe du processus de créativité qui dans, le même temps, nous fait sortir de nos cadres en en formant un nouveau « nos aptitudes à solutionner peuvent portant se trouver stérilisées par leur succès même : ainsi une stratégie qui a réussi se transforme en recette programmée de connaissance, et l’esprit perd son potentiel à inventer le nouveau et à inventer à nouveau ». La tâche de la créativité ne peut jamais être achevée. L’esprit fait naitre une idée (peut être) appelée à former une nouvelle référence … qui sera inéluctablement dépassée par une autre. Ainsi, l’innovation est un peu notre rocher de Sisyphe[1], à chaque fois il faut remettre le métier sur l’ouvrage

[1] Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, jusqu’en haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet, tel que raconté dans l’Odyssée (source Wikipédia).

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