Des mécanismes de transformation et de transition toujours les mêmes

Un ami m’a rapporté un extrait de la phénoménologie de l’esprit (Hegel), qui illustre à merveille les affres et difficultés auxquels nous confronte notre époque, ou plus exactement les mécanismes de transition propres à notre époque : « Il n’est pas difficile de voir, au demeurant, que notre époque est une époque de naissance et de passage à une nouvelle période. L’esprit a rompu avec le monde où son existence et sa représentation se tenaient jusqu’alors ; il est sur le point de les faire sombrer dans les profondeurs du passé, et dans le travail de sa reconfiguration. (…)

L’esprit en formation mûrit lentement et silencieusement en direction de sa nouvelle figure, détache morceau après morceau de l’édifice de son monde antérieur, et seuls quelques symptômes isolés signalent que ce monde est en train de vaciller ; la frivolité, ainsi que l’ennui, qui s’installent dans ce qui existe, le pressentiment vague et indéterminé de quelque chose d’inconnu, sont les prodromes de ce que quelque chose d’autre est en marche. Cet écaillement progressif, qui ne modifiait pas la physionomie du tout, est interrompu par la montée, l’éclair qui d’un seul coup met en place la conformation du Nouveau Monde ».[1]

Il est remarquable de constater que ce texte, écrit il y a plus de 200 ans pourrait être repris sans en changer un mot pour illustrer les mécanismes de transition et de transformation aujourd’hui à l’œuvre.  Il faut aussi se souvenir qu’Hegel est contemporain de la première révolution industrielle. Nous sommes, quant à nous, au commencement d’une nouvelle révolution industrielle marquée par l’émergence des technologies de l’information et de la communication (ou technologies numériques). Celles-ci grignotent et requestionnent les fondements de nos organisations, voire de nos civilisations. Autrement dit, elles nous font entrer dans un nouveau paradigme dont nous discernons à peine les contours car ils restent encore largement à construire.

Derrière chaque nouvelle révolution, c’est toujours le même double processus de déstabilisation/maturation qui préside. Comme le disait Schumpeter « un monde ancien s’effondre, un Nouveau Monde émerge »… et cela se passe toujours de la même façon : aveuglés par une réalité autour de laquelle nous nous sommes structurés nous restons longtemps dans l’incapacité de voir (ou d’admettre) les évidents changements qui fragmentent puis emportent les bases d’un monde que l’on considérait comme évident et intemporel. Il faudra pourtant arriver à nous y faire et, dans la mesure où  les choses changent de plus en plus vite, développer des stratégies d’anticipations plus opérantes. Mais peut-être qu’il suffit de continuer à faire toujours plus de la même chose, car comme le disait avec humour, mais avec raison, Oscar Wilde « Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder »

 

 

[1] Hegel, Phénoménologie de l’esprit, traduction J.-P. Lefebvre, Préface, Paris, Aubier, 1991, p. 34

 

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