Les accélérateurs d’innovation : le i-Lab d’Air Liquide et autres FabLab

J’ai eu la chance, il y a quelque temps, de visiter le i-Lab d’Air Liquide, dans le cadre d’une visite organisée par l’Institut des Futurs Souhaitables (IFS). Voici un bref compte rendu de ce que j’en ai retenu, suivi d’une mise en perspective d’autres initiatives similaires.

Le i-Lab est un laboratoire né d’u voyage d’étude aux États-Unis des responsables de la R&D au cours duquel ils ont pris conscience de la difficulté des grands groupes à produire de l’innovation de rupture. Cette nouvelle structure, inaugurée en décembre 2013, a pour mission de contribuer à l’exploration de nouveaux champs de valeur pour le groupe et accélérer le processus de l’innovation

Ce laboratoire d’idées est à la fois une structure de réflexion («Think-tank») et d’expérimentation («Corporate Garage»). Il joue un rôle d’appui vis-à-vis des différentes branches d’activité du Groupe dans le passage de l’idée à la preuve de concepts relatifs à de nouvelles offres, produits et technologies. L’i-Lab s’appuie sur les équipes des différents sites de R&D avec lesquelles il traite des sujets allant du court terme au long terme.

Le « think thank »a pour mission de repérer les champs d’innovation pertinents. Il s’appuie pour cela sur une structure de veille orientée vers les technologies et les perspectives sociétales. L’équipe en charge de ces travaux, résolument pluridisciplinaire, compte notamment une anthropologue, une historienne, un designer. « Le garage » a ensuite pour mission de tester rapidement les idées les plus pertinentes auprès d’utilisateurs finaux. Accélérer, tel est leur maître mot. Ces expérimentations passent par la réalisation de POC (proof of concept) permettant de matérialiser les idées. Le prototypage est facilité par l’existence d’équipements comme des imprimantes 3D ; des découpes laser, des outils de modélisation numérique.

Le i-Lab a également pour vocation de nouer des partenariats avec les start-ups les mieux à même de les aider dans cet effort d’innovation. Ce travail se fait en partenariat avec ALIAD, l’investisseur stratégique du groupe, dont la mission est d’investir dans les start-ups technologiques. Pour finir, le i-Lab s’appuie aussi sur l’innovation interne en recapitalisant sur les idées produites par les chercheurs du groupe dans le cadre du dispositif « flextime » (du temps est alloué aux chercheurs pour leur permettre de travailler sur les sujets de leur choix). Le reste du groupe a aussi la possibilité de proposer des idées. Si un nouvel axe de développement sort de cette structure, l’objectif sera atteint.

Cette initiative n’est pas isolée, bien au contraire elle tend à essaimer. Par exemple à détroit, Ford s’est associé à un fabLab (techShop), et a offert à ses 2000 salariés locaux une adhésion gratuite pendant 3 mois[1]. On assiste par ailleurs à une vague d’ouverture de fabLab au sein des entreprises. C’est notamment le cas de Pernod Ricard, de Renault, des meubles Gautier ou la Poste qui va installer des imprimantes 3D dans ses bureaux de poste. Ces structures internes participent de façon très pertinente à la dynamique d’innovation. On peut citer le témoignage, sur le site « With ou Model », de L. Unger, animateur de communauté chez Renault,  pour qui le fabLab de Renault « est un espace dont les usages apparaissent au fur et à mesure de son utilisation : en cela il représente un module organisationnel puissant pour transformer l’entreprise et la faire évoluer vers une culture d’innovation encore plus forte : esprit de jeu et d’exploration, collaboration, apprentissage permanent, variété de concepts et d’approches. Le tout orienté vers la création de valeur et la concrétisation ». Nous  noterons aussi que le FabLab des meubles Gautier a permis, en l’ouvrant à tous les salariés, de faire passer le cycle d’innovation (laps de temps entre une idée et sa commercialisation) de 18 mois à 6 mois. Selon David Soulard[2], le directeur du groupe, l’entreprise s’est découvert à cette occasion « une vingtaine de Géo Trouvetou ! l’un d’eux est passionné d’hydraulique, un autre crée des meubles chez lui ». Ils ont également mis en place un Facebook d’entreprise sur lequel les salariés peuvent faire valoir leurs projets d’innovation. Il rajoute «  au début il nous a été difficile de décloisonner le modèle existant depuis des années. Dès qu’une idée était proposée par un employé, notre ingénieur en R&D et nos cinq designers disaient qu’ils y avaient pensé auparavant. Comme tout changement managérial, le FabLab crée des frictions. Mais il faut considérer ce laboratoire comme une étagère sur laquelle sont posées des idées. Le designer reste l’alchimiste de tout le processus créatif. Une entreprise moderne doit être décloisonnée de nos jours ». On ne saurait mieux conclure !

[1] Source : Nouvel obs n° 2558 / article l’usine pour tous

[2][2] Interview de David Soulard publié dans l’expansion de juin 2016 : le FabLab antichambre de l’innovation

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