L’imagination : un processus dual producteur d’imaginaire

L’imaginaire se confond souvent avec l’imagination et ses deux notions sont souvent utilisées l’une pour l’autre. Or, l’imagination est le processus par lequel l’imaginaire est produit. En d’autres termes, l’imaginaire est le produit de l’imagination. Elle correspond donc à la capacité d’inventer sa propre subjectivité, ses propres modes de dialogue avec le réel. V. Hugo avait à son endroit cette merveilleuse expression « l’imagination est le soleil de l’esprit ». Elle va permettre à notre appareil cognitif de décrocher de la logique d’action et de ses automatismes associés (à la base de nos effets de fixation) pour résoudre des problèmes inédits et élaborer de nouveaux cadres d’action plus appropriés à un environnement en évolution permanente.

Selon l’enseignante chercheuse, Odile Dosnon (Dosnon, 1996), l’imagination est mue par deux processus distincts : la formation d’images mentales et la formation d’objets imaginaires. Le premier correspond à un mode d’interaction avec le réel permettant à l’esprit d’y projeter ses images, comme le démontre l’exemple bien connu des mirages, ou de former des images à partir des éléments du réel pour le rendre cohérent au regard des indices détectés[1]. La formation d’image peut aussi être mise au service de la fabrication de nouveaux savoirs en facilitant des processus de raisonnement. De nombreux chercheurs témoignent de l’importance de l’image dans leurs travaux. C’est notamment le cas de A. Einstein qui pensait beaucoup en image mentale. Il affirme par exemple que c’est en s’imaginant observer un rayon de lumière en se déplaçant aussi vite que lui qu’il a critiqué l’axiome prêtant un caractère absolu au temps. Il dit à son propos  « Je suis suffisamment artiste pour dessiner librement à partir de mon imagination. L’imagination est plus importante que le savoir. Le savoir est limité. L’imagination fait le tour du monde ».

Le second processus de l’imagination va être exclusivement orienté vers la construction du nouveau. C’est la voie de prédilection des artistes et des poètes qui vont y trouver matière à leur expression  en s’affranchissant du réel. Il prend sa source dans notre quotidien, support de notre rêverie, et dans l’imaginaire collectif formé par nos mythes et nos rêves. Par exemple, le mythe d’Icare, au-delà de ses nombreuses interprétations, symbolise le grand rêve de l’homme, celui de voler comme un oiseau. Ce rêve, comme tant d’autres, nous avons pourtant fini par le réaliser. Preuve de la force, de l’influence de notre imaginaire collectif dans la direction donnée à l’innovation. L’imagination est mue, alimentée, par la charge émotionnelle de l’imaginaire. C’est cette charge émotionnelle, parfois incontrôlable qui explique l’acharnement mis par certains à réaliser leurs rêves. « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » nous dit l’écrivain Mark Twain pour démontrer la puissance de nos rêves trop souvent bridés par la raison. Mais la force émotionnelle de l’imaginaire va heureusement parfois transcender la raison et faire exploser les cadres du moment, ouvrant la voie à de nouveaux possibles. Ce qui est jugé impossible, l’est toujours au regard des connaissances, donc du cadre de référence, du moment. On ne sait pas ce que les connaissances de demain vont rendre possible. Mais peut-être suffit-il de simplement  sonder notre imaginaire pour le savoir.

[1] Ce processus est notamment à la base de la formation des illusions d’optique

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